29/09/2005

Où suis-je ?

"Rapatrié" (pour reprendre le vocabulaire de Monsieur Ferdinand) pour quelques mois, me voilà à la découverte de la région Alpes-Provence-Côtes-d'Azur ... les anecdotes et autres surprises concernant ce retour en sol français ne manquent déjà pas mais voilà la plus édifiante à ce jour :
En promenade à Manosque qui subissait la fin de son festival "Les Correspondances" (festival "littéraire" itinérant, il me semble, qui se veut le sauveur de la poste en offrant des "lieux d'écriture" et l'acheminement gratuit de ces chefs d'œuvre partout dans le monde), je passe devant l'antenne du parti communiste français à Manosque ; l'occupant du lieu comme l'ensemble des vitrines de la vieille ville s'est prêté au jeu du festival : choisir une citation d'un auteur du Sud pour sa vitrine. Évidemment, Jean Giono domine le tableau (ce qui montre déjà les limites d'un telle chose quand Jean Giono a pu dire "Je crois que si j’avais pu, j’aurais quitté la Provence. J’aime la pluie, j’aime le froid, je n’aime pas le soleil... Je déteste l’azur." ; dans ses conditions, la Muse devrait peut-être jouer profil bas mais passons ...). Mais voilà, notre coco veut faire l'original et choisis de citer ... Georges Bernanos (pour ses années à Toulon j'imagine ...), "On ne subit pas l'avenir, on le fait" arbore fièrement la vitrine vide. Je demande alors une explication à l'occupant, "Croyez-vous vraiment que l'on peut rattacher Georges Bernanos au mouvement communiste français ? Est-ce une blague ?" et lui de me répondre sans ambages, "Non, je trouvais juste la citation jolie". J'ai bien tenté de faire comprendre à cet imbécile que le jeu de la citation hors de tout contexte est ce que l'on fait de pire en matière d'intellect mais il s'est vite détourné, pressé qu'il était de répondre aux questions de nouveaux arrivants. Bref, si quelques minutes auparavant j'étais tombé dans une librairie sur "French Theory" qui évoque largement le deconstructionnisme de Derrida et la part belle qui lui a été faite dans les universités nord-américaines, je pense que ce n'est pas un hasard si j'ai eu si vite la démonstration caricaturale de l'état des lieux ... parallèle scabreux diront certains mais il s'est imposé à moi.
Dans de telles circonstances, ne serait-ce que pour faire l'état des lieux justement, j'aurais aimé prendre une photo, à la manière de Polyphème.

06/09/2005

Brown Bunny

Bien loin du scandale de Cannes, ce film n'étant jamais sorti en salles ici, c'est dans le calme d'un salon que nous avons procédé au visionnage de "Brown Bunny". Une construction antithétique entre la route et des lignes de fuite que le film refuse de prendre. Je pense que c'est là que se situe l'intérêt d'un tel road-movie, penser la route comme une singularité de l'espace qui ne mène nulle part mais bien au contraire délimite, discrimine et rejette. En ce sens, toutes les routes sont parallèles dans Brown Bunny ; la route à peut-être des allures de labyrinthe (les scènes de banlieue) mais jamais elle ne croise quoi que ce soit, si ce n'est elle-même (la fermeture du circuit de moto, ni plus, ni moins). Un dangereux programme me direz-vous mais ce qui est vraiment intéressant avec ce film c'est que jamais il ne joue la carte nombriliste qui regarde un peu trop ses rouages. Est-ce une bonne idée que le cinéma contemporain se tourne vers la tragédie et en emprunte la forme ? Bien souvent, non, mais dans le cas de Vincent Gallo, l'absence de compromis (et en ce sens, cette fameuse scène de fellation n'est que la prolongation de la route et est par là même inévitable), un style qui s'affirme en finesse me font dire que oui, c'était une bonne idée.

23/08/2005

Déclinaisons d'apocalypse

Juste une évocation du recueil de nouvelles de J.G. Ballard qui avec sa "trilogie" Crash, Concrete Island et High Rise, donne une vision assez exhaustive des écueils, égarements et autres fins possibles du post-humain. J'avoue avoir un penchant pour l'ultraconsumérisme de "The Subliminal Man", le néo-Malthusianisme de "Billenium" ou encore les nouvelles croisées sur la suppression du sommeil. Cette idée d'un homme incapable de vivre avec lui-même 24h/24 est tellement incarné par Homo Festivus et ses tribulations que ses nouvelles publiées pour la première fois en 1979 je crois sont on ne peut plus d'actualité. Disons que comme certains qui aimeraient voir P.K. Dick reconnu à sa juste valeur, j'aimerait que J.G. Ballard puisse sortir de sa cachette britannique et faire table rase des verbiages de nos écrivaillons. "Finding meaning in the meaningless", le sous-titre de son dernier roman Millenium People, ou pourquoi le terreau de sa littérature est aussi nourrissant dans notre monde "festivé" ou "terrorisé" suivant l'humeur.